pour toujours



Ma tendre Laura,


J'aurais pu faire un article assez conséquent pour raconter les quatre jours et demi que nous avons passés ensemble, mais je vais me contenter de stopper mes révisions et de te retrouver le temps de quelques lignes. Il se peut que je n'oublie jamais ce week-end qui m'a réellement ouvert les yeux et les sens. J'ai traversé -et tu le sais- une longue période de vide, de froid et de souffrance, souffrance que j'appréhende maintenant différement. Et tu connais ce sentiment : Lorsque que tu es tellement triste, et que la seule chose que tu désires, c’est que quelqu’un te serre fort dans ses bras, si fort, si fort, quitte à t’étouffer la tête collée contre les plis de son tee-shirt mouillé par tes larmes, que ton oreille plaquée contre sa poitrine perçoive les battements de son cœur si distinctement qu’ils te rassurent, et qu’ils te promettent que ça va aller, que ça va passer. Et rester des heures, noyée dans la chaleur de son empathie et sans que cette personne ne te pose la moindre question, à pleurer, écouter sa voix résonner en toi et cherchant à oublier, petit à petit, qui tu es pour te concentrer sur l’amour que les gens qui sont restés près de toi te portent. Et puis je t'ai eue toi. Pendant quelques jours, je me suis réellement sentie vivre profondément,  les poumons pleins de bonheur et de tendresse, et toucher de mes quelques doigts fragiles une certaine manière de voir les choses, modelant avec délicatesse et attention l'idéal de vie qui s'offre à moi : Un quotidien orné de calme et de sourires. 

Ce que je préfère dans les journées c'est le soleil qui se lève : et c'est sûrement pour cela que nous avons décidé, le jour de ton départ, de nous lever tôt le matin et d'aller arpenter les rues, en quête de lumière ; de la lumière, toujours de la lumière. J'adore admirer les couleurs rouges, oranges et jaunes refleter sur ta peau et fondre dans tes cheveux. Je me surprends même à rêver ; tu es si inspirante.
Et pourtant nous sommes de grands enfants ; nous avons le coeur fragile et les humeurs cassantes. Notre vocation "d'artistes" consiste à repousser nos limites sans cesse, oubliant parfois la notion même de fatigue et dans le simple but de se sentir aimer, vivre, réfléchir, construire, détruire, souffrir, et tous ces états que nous expérimentons tous de façons différentes. Ce sont ces différents ressentis qui nous rendent si uniques et si importants à la fois - car je suis convaincu que nous avons tous un rôle à jouer sur cette Terre. N'oublie jamais que ton existence, aussi singulière qu'elle soit, dépend des autres. Tu ne peux pas te construire entièrement seule. Tu grandis en apprenant de tes expériences et du regard des autres. La vie est vraiment belle au fond, parce qu'elle nous offre non pas seulement une nature merveilleuse mais aussi la chance de pouvoir vivre des expériences qui, chaque jour, nous font mûrir et avancer, chaque jour mettent nos sentiments les plus puissants à nu, chaque jour font vibrer notre coeur d'une façon ou d'une autre.

Merci pour tes sourires, tes rires, tes moments de panique, ta présence, ta gentillesse, ton énergie débordante, ton empathie, tes peurs, tes bêtises, ta sincérité, ta générosité : Je conserverai ces quelques souvenirs pour toujours, et quand tu seras triste, s'il te plaît repense à tout cela. Merci pour ton amitié et merci de m'avoir enfin fait réaliser pleinement cette citation de Paul Eluard :

" La nuit n'est jamais complète. 

Il y a toujours puisque je le dis, 
Puisque je l'affirme, 
Au bout du chagrin, 
une fenêtre ouverte, 
une fenêtre éclairée. 
Il y a toujours un rêve qui veille, 
désir à combler, 
faim à satisfaire, 
un cœur généreux, 
une main tendue, 
une main ouverte, 
des yeux attentifs, 
une vie : la vie à se partager. "




Avec amour,



Rama.