Un an

Cela fait longtemps que je ne me suis pas retrouvée confrontée à moi-même. Cela fait longtemps que je ne me suis pas retrouvée. Ce soir, j’ai décidé d’écrire un peu, de parler ou plutôt de rejeter, je ne sais pas encore.
Il y a un an maintenant ma vie a totalement changé. Tout a changé. J’ai découvert de nouvelles personnes, de nouveaux sentiments, plus forts, plus fiers, plus affirmés. Mes amours, ma famille, mes amis ; tout commençait à se reformer. Et quand quelque chose n’allait pas, je compensais par une autre chose et remettait tout mon bonheur entre les mains de ceux qui m’entouraient. Je priais, je priais beaucoup pour que ma joie de vivre ne s’éteigne jamais, quoi qu’il arrive, car c’était ce que j’avais de plus précieux. « S’il vous plaît, faîtes-moi me sentir vivre ». Quelque part, je crois que je créais le bonheur, disons que je le cherchais en toute chose.


Un jour d’hiver tout a commencé à s’écrouler et je me suis rendue compte que le bonheur que j’avais crée autour de moi était, non pas faux mais factice. Il était fragile. Pire encore, je me rendais compte de mes erreurs. De la peine que j’avais pu causer aux autres. Et je m’en suis voulue, je m’en suis terriblement voulue.  Je pleurais tellement que la tristesse m’était devenue naturelle. J’écrivais des choses stupides et désespérées.



« Et puis un jour, tout s'est arrêté. 

Dans un silence.

Une insomnie, peut-être. 

C'est à ce moment-là que j'ai découvert un état en moi que je ne connaissais pas. Une sorte de tique, quelque chose de répugnant qui vous colle à la peau, devenant votre meilleur ami. »


« Dîtes-moi 

dîtes-le moi

est-ce que quelqu'un m'entend 

est-ce que quelqu'un m'écoute au moins
c'est quand le bonheur. »



Ce n’était plus de l’indifférence que je me portais, mais de la haine. Une haine violente, dégoûtante et déchirante. 



« Qu’est-ce que je vais faire de moi » c’est ce que je me répétais sans cesse. Pourquoi est-ce que je n’arrivais pas à décrocher un sourire alors qu’à côté les gens souriaient ? Pourquoi je n’avais plus espoir en rien du tout ?
Cela a peut-être duré trois mois, trois mois où on m’a foutu des claques pour que je me réveille, pour que j’arrête de pleurer, pour que je parle, pour que je me révolte, parce que c’est pas normal, parce que j’ai pas le droit de me laisser couler. Et rien. J’ai tout laissé tomber, et surtout l’envie de me battre. Même le printemps n’y a rien fait. Les sourires étaient rares, et lorsque quelque chose me déplaisait ou me faisait peur, je me mettais à pleurer, parce que j’étais inquiète. Parce que je me demandais quand est-ce que j’étais devenue si fragile, si pitoyable.
Je me suis raccroché à l’amour car dans ma tête c’était la seule chose à faire. C’était le pire. Je me suis permis de penser que si j’allais mieux à ce niveau-là, tout irait mieux. Alors je me suis défoulée. Tout ce que je voulais, c’était de l’attention. Tout ce que je voulais, c’était qu’on m’écoute, qu’on me comprenne, qu’on se révolte, qu’on m’explique, qu'on me ré-explique, qu’on me dise que ce n’était pas la chose à faire, du moins ce n’était pas comme ça qu’il fallait le faire, qu'on me le promette, que ça ira, que ça passera. Un peu de compassion, juste un peu de compassion, par pitié. Je voulais trouver une place dans n’importe lequel de ses mots où me blottir, je voulais me sentir exister dans n'importe lequel de ses soupirs.

J’ai décidé de reprendre mon projet « Aka ». Aka représente un peu moi, mais aussi tous les gens qui ont aimé, vécu, vu, voyagé, souffert, ri. C’était ce projet qui me maintenait en vie, qui me faisait rêver,.

Une nuit où j’allais très mal dans ma famille, j’ai enfilé mes chaussures, je suis sortie prendre l’air dans mon quartier, et mon grand-frère m’a suivie. J’ai beaucoup pleuré et je lui ai tout raconté. Tout. Le moment où je perdais A., quand un de mes meilleurs amis est mort, quand j’ai cru perdre ce que j’avais de plus cher au monde si ce n’est mes amis et ma famille. Je ne lui avais jamais rien dit d’aussi personnel de toute ma vie, et quand lui ai confié que je ne pensais plus avoir la force de supporter tout cela, il m’a répondu « bien sûr que si, tu l’as », et dans sa bouche, ça sonnait comme une évidence. 

Un jour, je n’ai plus eu de larmes. Ce jour-là, j’ai compris que tous ces états que j’avais traversés faisaient partie de la vie. J’ai compris que je devais continuer à vivre avec tous ces changements, parce que c’était la seule chose à faire. J’ai aussi compris que j’étais la seule et unique maîtresse de mon bonheur, et que nous avions tous une force intérieure. Les gens peuvent être là pour nous aider à la révéler, mais si nous ne donnons pas cette impulsion, si nous ne donnons pas la possibilité d’espérer, alors cela ne change rien. Ce jour-là, je me suis dit que c’était moi, la lumière que je cherchais tant. Le ciel a changé de couleur.

Tout n’est pas allé vite et je ne me suis pas relevée d’un coup. Mais je me suis permis de me battre. Je me suis promis de ne plus jamais autant pleurer pour les gens qui me faisaient gratuitement du mal. Je me suis permis de m’estimer, de me trouver jolie, intéressante, talentueuse -attention, je ne dis pas que je me suis estimée ainsi, mais du moins je me suis permis de le faire-, je me suis permis d’exister et surtout par moi-même. Il n’y a pas de satisfaction plus grande que lorsqu’on découvre que le bonheur est en nous. 


J’ai traversé une période de vide émotionnel où je ne ressentais d’amour pour personne si ce n’est mes amis, plus rien ne me touchait et je me suis permis, lorsqu’on me demandait des nouvelles, de répondre que ça allait. C’était bizarre, en fait, parce que j’étais d’une vacuité affligeante. La photographie ne me parlait plus, l’écriture non plus, la cuisine encore moins. Mais, il m’arrivait de rester tard le soir au conservatoire après mes sessions de travail, d’éteindre les lumières et de jouer du piano dans le noir, la pluie claquant les vitres. Je me sentais bien. Je retrouvais quelque chose de nouveau, une sensation nouvelle, des couleurs, des sentiments, des émotions, qui venaient en fait de moi. J’arrêtais toujours très vite pour ne pas me mettre à pleurer.


Certaines choses allaient mieux, certaines moins bien, mais j’ai quand même décidé de me battre, d’y croire. Avez-vous déjà eu la foi ? Cette foi qui anime vos esprits et qui façonne vos rêves. C’est incroyablement pur. Incroyablement puissant. Cette foi m’a aidée à faire face et à ne pas reproduire les erreurs du passé, et j’attends. « Le vent se lève, il faut tenter de vivre ».

Cela fait un an que tout a changé, et lorsque je regarde derrière moi, je me dis que j’ai traversé beaucoup de choses, et que le meilleur reste encore a venir. Je suis jeune. Très jeune, et je n’ai pas vécu le tiers de ma vie. Je me suis prête à me dépasser maintenant. A faire de la musique pour moi. A photographier pour moi. A m’estimer, pour moi. A me définir autrement. 

Merci d’être autant à m’envoyer des messages. Me suivre est une chose, mais avoir la délicatesse et l’humilité de venir me voir me touche réellement, et ne cesse de me faire grandir. Vous êtes, vous aussi, des lumières. Et vous ne vous arrêtez pas de briller. C'est ce qu'il faut faire lorsque quelque chose va mal : essayer d'accepter que notre état de tristesse est normal et que c'est éphémère, croire en l'amour que les gens vous porte et accepter à votre tour de vous en porter. En tout lieu, vous n'êtes jamais, jamais seul.




"Notre vocation d'artiste consiste à repousser nos limites sans cesse, oubliant parfois la notion même de fatigue et dans le simple but de se sentir aimer, vivre, réfléchir, construire, détruire, souffrir, et tous ces états que nous expérimentons tous de façons différentes. Ce sont ces différents ressentis qui nous rendent si uniques et si importants à la fois - car je suis convaincu que nous avons tous un rôle à jouer sur cette Terre. N'oublie jamais que ton existence, aussi singulière qu'elle soit, dépend des autres. Tu ne peux pas te construire entièrement seule. Tu grandis en apprenant de tes expériences et du regard des autres. La vie est vraiment belle au fond, parce qu'elle nous offre non pas seulement une nature merveilleuse mais aussi la chance de pouvoir vivre des expériences qui, chaque jour, nous font mûrir et avancer, chaque jour mettent nos sentiments les plus puissants à nu, chaque jour font vibrer notre coeur d'une façon ou d'une autre. » Aka

1 commentaire:

  1. je ne peux pas te voir, je suis loin mais bon. T'es vivante au fond de toi, au moins et ça c'est le plus important.

    RépondreSupprimer